Nicolas Gascard: Le célèbre chasseur d’orages a présenté son travail photographique au 2e Focus Day.

Il livre pour les Saturés du Focus quelques «secrets de fabrication» et conseils.

 

Les techniques de Nicolas Gascard, le fou de foudre     IMG_9308RRWEBGascard FB1    

C’était l’une des «têtes d’affiche» du 2e Focus Day qui s’est déroulé à Oron du 21 au 23 octobre. En effet, Nicolas Gascard, le célèbre photographe réputé pour ses ouvrages sur la foudre, les orages et les tornades, est venu présenter les facettes de son travail lors d’une conférence qui a attiré un grand nombre de visiteurs. Pendant 45 minutes, il a captivé son public via quelques clichés choisis tirés en partie de son dernier livre «Atmosphère», un album qui fait une nouvelle fois la part belle aux clichés sur la foudre. Pour Les Saturés du Focus, il accepté d’expliquer ses méthodes de travail.

Nicolas, tu viens de sortir un tout nouvel  ouvrage où l’on trouve notamment des photos d’orages et de foudre spectaculaires. Qu’est-ce qui te fascine dans ces phénomènes?

Ce qui me fascine, c’est l’aspect destructeur de la foudre, même si je ne souhaite pas de destruction totale de quoi que ce soit! On a d’abord des paysages du quotidien très paisibles, et puis, en l’espace de 25 millisecondes, ils se retrouvent fracturés par cette violence cosmique et atmosphérique. Pour moi, c’est exceptionnel. L’homme n’est plus maître de la situation face à la foudre. En outre, j’aime me retrouver en pleine nuit, vivre ces instants où on se retrouve face à des lieux statiques qui, d’un seul coup, sont chamboulés par les éléments.

Avec quel matériel travailles-tu ?

Je travaille avec des boîtiers plein format, soit le Canon 5D Mark II et le 5D Mark III, ainsi que des boîtiers tropicalisés de façon générale. Ceci pour éviter la grêle et protéger le matériel des précipitations. Au niveau des objectifs, j’utilise essentiellement des grands angles. Cela part du 16-35 mm, mais aussi un 35 mm, ou un 50mm. Généralement, je ne dépasse par le 50mm, car au-delà, cela veut dire que l’orage est déjà trop loin pour moi. Pour photographier les structures et les cellules orageuses bien organisées, je travaille donc au grand angle 16-35mm f2,8, ou encore le 16-35mm f4 qui est également très bon.

Au niveau des temps de pose ?

Cela varie. Parfois 2 ou 5 secondes suffisent. En cas de coup de foudre très puissant, tu vas tout de suite pouvoir arrêter ta pose. Mais cela peut aller jusqu’à 20-30 secondes.


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Comment te prépares-tu avant de partir sur le terrain?

Je regarde les modèles météo 24 heures ou 48 heures à l’avance et ensuite je décide là où je pense que l’orage va se former.  Il faut prendre en considération la direction du vent, le taux d’humidité, le flux qui va produire le déplacement de la dépression. Et, en fonction de ces paramètres, j’essaie de fixer l’endroit où je pense que l’orage sera le plus intéressant pour moi. Et je me mets en route!

Travailles-tu avec des détecteurs de foudre ?41

Parfois oui, la journée, exclusivement pour les éclairs diurnes  qui sont vraiment très sensibles. Mais sinon, dès la soirée, je travaille avec des télécommandes classiques et aussi des déclencheurs sons.

On voit des résultats splendides dans tes livres, mais il y a beaucoup de déchets non?

Pas tant que ça en fait! Je suis devenu un peu compliqué et perfectionniste au fil du temps. Généralement, je retiens 20 à 30 photos par an, sur 40’000 km parcourus en moyenne pour chasser les orages. Cela dépend aussi des saisons. Parfois, il y a des orages qui peuvent donner 30-40 photos très esthétiques, mais cela reste très rare.

111A voir certaines photos, tu as aussi de bonnes assurances car il y a souvent des dégâts sur ta voiture…

C’est clair qu’il faut de bonnes assurances, aussi bien pour le matériel photo que la voiture. En moyenne tous les deux ans, je suis exposé à des orages qui produisent de la grêle ou des tempêtes très violentes qui peuvent provoquer des dommages sur mon véhicule, notamment le pare-brise ou la carrosserie. Après, ce n’est que de la tôle ! Mais ce qui est plus délicat, c’est le risque d’ête foudroyé. Là, cela devient plus inquiétant. Fort  heureusement dans mon cas, cela ne s’est jamais produit!

Nombre de tes photos sont prises en France ou aux USA. As-tu des endroits de prédilection en Suisse?

Oui, incontestablement le lac Léman. J’aime beaucoup aussi le lac de Neuchâtel ou encore le Valais bien que les orages soient compliqués à chasser là-bas. Mais le Haut-lac Léman reste l’endroit le plus grandiose pour la qualité de la foudre, selon moi. Quant à mes spots, j’aime beaucoup Cully, les hauteurs du Lavaux comme Chexbres, qui est un super endroit permettant de dominer aussi bien Lausanne que la région de St-Gingolph-Montreux. J’apprécie beaucoup aussi Genève depuis le Salève. C’est un site où les orages sont grandioses, même s’ils sont peu plus rares. Mais lorsque la foudre frappe Genève, il y a une profondeur, une vue qui plonge directement sur la ville… c’est incroyable.

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Dernier conseil pour suivre tes traces?

Vivre le phénomène en soi et se passionner pour la nature. C’est la valeur première. Et aussi ne pas hésiter à rentrer au cœur des éléments pour s’initier à cet état d’esprit. Prendre conscience que la nature est forte et fragile en même temps, que l’on a besoin de cet équilibre.  Cela c’est le respect premier. Et ensuite, il faut simplement s’éclater en réalisant la chance que l’on a de pouvoir photographier ces phénomènes extrêmes. C’est ainsi que l’état d’esprit évolue le plus.

Propos recueillis par Christine Talos

Lien pour son dernier livre 😉 
http://www.slatkine.com/fr/editions-slatkine/69717-book-07210770-9782832107706.htmlgascard_atmo_couv_3D-WEB